Comprendre l’espérance de vie dans la schizophrénie : faits, causes et moyens d’agir

17/07/2025

Vivre avec la schizophrénie : pourquoi l’espérance de vie est-elle réduite ?

La schizophrénie fait l’objet de nombreux fantasmes, mais lorsqu’on aborde la question de l’espérance de vie, les chiffres interloquent. D’après de vastes études internationales, les personnes vivant avec la schizophrénie perdent, en moyenne, entre 10 et 20 ans d’espérance de vie par rapport à la population générale (The Lancet Psychiatry, 2014 ; Inserm, 2021).

Ce constat, qui traverse tous les continents, invite à la nuance : il ne s’agit ni d’un « sort inéluctable », ni d’un traitement « trop risqué ». Plusieurs causes, parfois évitables, contribuent à cette diminution de l’espérance de vie — et une meilleure compréhension permet d'agir collectivement pour inverser la tendance.

Quels chiffres ? Une réalité universelle, mais modulable

Dans les pays à revenu élevé, la différence d’espérance de vie varie selon les populations, le mode de vie, l’accès aux soins ou la précarité. Quelques données chiffrées :

  • France : l’Inserm chiffre à 14 à 20 ans la réduction d’espérance de vie pour les personnes vivant avec la schizophrénie (Inserm, 2021).
  • Europe : l’espérance de vie des hommes schizophrènes est plus affectée que celle des femmes : 15 à 20 ans de moins pour les hommes, contre 12 à 15 ans pour les femmes (source : Journal of Psychopharmacology, 2014).
  • Monde : on retrouve ce même écart sur tous les continents, y compris dans les pays à systèmes de santé très différents. Les estimations vont de 10 à 25 ans de vie perdue selon les études (OMS, 2022).
  • Pour mémoire, ce type d’écart est plus grand encore que celui observé dans de nombreuses maladies chroniques somatiques (par exemple, le diabète ou les maladies cardiaques bien traitées).

Des inégalités selon la région, l’accès aux soins, et le contexte social

L’espérance de vie n’est pas figée : là où l’accès aux soins somatiques est renforcé, l’écart tend à se réduire. Au contraire, précarité, isolement ou discriminations amplifient les risques.

Les causes de cette mortalité précoce : au-delà des clichés

Il serait erroné de croire que la diminution de l’espérance de vie tient uniquement – ou même principalement – au risque suicidaire ou à la dangerosité de la maladie elle-même. Les réalités sont bien plus complexes et concernent, en majorité, la santé physique.

  • Maladies cardiovasculaires : Première cause de décès chez les personnes atteintes de schizophrénie (plus de 50% des morts prématurées, selon l’OMS). L’incidence des AVC et des infarctus est très supérieure à celle de la population générale.
  • Cancers : Les personnes vivant avec une schizophrénie ne sont pas plus touchées par les cancers, mais souvent diagnostiquées tard. L’accès au dépistage est plus difficile, avec un suivi médical parfois lacunaire.
  • Diabète de type 2 et obésité : Certains traitements, modes de vie précaires, malnutrition, faible activité physique augmentent le risque de diabète, de syndrome métabolique, et donc de complications graves.
  • Suicide : Le risque suicidaire est très supérieur à la population générale, en particulier au début de la maladie, mais il n’explique qu’une partie de la surmortalité (environ 10-15% selon les études, La Revue du Praticien, 2018).

Des facteurs multiples, souvent évitables

  • Tabac, alcool, substances : La prévalence du tabagisme dépasse 60% chez les personnes concernées. L’alcoolisme, la polyconsommation augmentent le risque de pathologies cardiaques, hépatiques et cancer.
  • Difficultés sociales, accès aux soins : Les situations de précarité, le mal-logement, l’isolement social, la stigmatisation freinent le contact avec les professionnels de santé somatique et compliquent la prise en charge d’un diabète, d’un cancer ou d’un simple problème de dents.
  • Boucle du cercle vicieux : Au fil du temps, la mauvaise prise en charge des pathologies somatiques accroît la précarité, qui elle-même expose à davantage de maladie et d’exclusion.

Quid des traitements antipsychotiques ?

Les neuroleptiques de première et deuxième génération ont un impact sur les facteurs métaboliques (prise de poids, diabète), mais il est démontré que la surmortalité n’est pas, dans la majorité des cas, le résultat direct des traitements, mais plutôt de leur absence de suivi et d’accompagnement (Revue française des affaires sociales, 2016).

L’espérance de vie progresse-t-elle ? Les tendances sur 50 ans

Des progrès flagrants ont eu lieu depuis les années 1970 : la surmortalité liée à la schizophrénie tend à baisser légèrement, au même rythme que celle de la population générale, mais l’écart ne s’est pas réduit de façon significative.

Des études récentes, notamment nordiques, rappellent que là où la prise en charge globale est renforcée (accès au logement, réseau de soins intégrés, lutte contre la stigmatisation), la mortalité prématurée diminue. En Finlande, où des efforts concertés ont été menés, l’écart s’est réduit de 20% en 25 ans (JAMA Psychiatry, 2020).

Des pistes d’action et des ressources pour les aidants, familles et malades

  • Faire respecter les droits à la santé physique : Il est prouvé que l’accès régulier à un médecin traitant, à une prévention adaptée et à des examens somatiques diminue drastiquement la mortalité.
  • Sensibiliser les professionnels : Informer les médecins généralistes, les soignants, sur les besoins spécifiques des malades psychiques aide à réduire le retard de diagnostic.
  • Lutter contre le tabac, favoriser l’activité physique : Même de petits changements d’habitude peuvent produire d’importants bénéfices en quelques années.
  • Multiplier les accompagnements sociaux : Le logement stable, l’accès aux droits, la vie sociale, sont des facteurs de bonne santé. Le soutien associatif, l’entraide familiale, les groupes « pair-aidance » offrent des leviers réels.

Des avancées concrètes en Haute-Garonne

Certaines filières locales de santé font bouger les lignes, en proposant des « consultations somatiques dédiées » pour les personnes suivies en psychiatrie (comme à Toulouse, Service de psychiatrie du CHU). Les programmes de Médiation santé-psy, les PASS (permanences d’accès aux soins de santé) ou les dispositifs de coordination ville-hôpital méritent d’être mieux connus.

Quand le répit n’est plus possible, des solutions d’accompagnement palliatif existent, qui privilégient la qualité de vie, le respect des choix de la personne et l’accompagnement de la famille. Les droits aux soins, à l’information, à la dignité doivent rester au cœur des démarches.

Quelques repères pour agir et soutenir

  • Oser interroger le médecin traitant sur le suivi cardiovasculaire et métabolique lors des consultations.
  • Inciter le proche à se faire suivre pour des symptômes inhabituels (douleurs, fatigue, inconfort inexpliqué).
  • Rappeler que la maladie psychique ne doit pas masquer le reste des besoins de santé.
  • S’appuyer sur les maisons des usagers, les associations de familles (UNAFAM, GEM), les réseaux d’accompagnement.
  • Bénéficier de séances d’éducation à la santé (disponibles parfois via le CMP ou les associations locales) pour comprendre les facteurs de risque modifiables.

Réduire l’écart, c’est possible

La question de l’espérance de vie face à la schizophrénie nous confronte à des inégalités évitables. Si la maladie impacte la santé globale, c’est aussi la société — notre capacité collective à lutter contre l’isolement, à garantir l'accès aux soins, à accompagner sans préjugés — qui détermine la durée et la qualité de vie.

Les exemples internationaux montrent que les marges de progrès existent. Un parcours de soins intégré, un environnement social stable, la lutte contre la précarité, conjugués à une vigilance somatique accrue, sont autant de pierres à l’édifice.

Pour les familles et aidants, c’est dans l’accès à l’information, la reconnaissance des besoins spécifiques, et la solidarité locale que réside souvent la première étape.

Des ressources, des professionnels, des associations sont présents en Haute-Garonne pour soutenir ce mouvement. N’hésitez pas à chercher du soutien, pour vous et pour vos proches.

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