Le travail de l’orthophoniste, en pratique
Premiers temps : bilan et dialogue avec la famille
Toute intervention commence par un bilan orthophonique approfondi. Il dure généralement de 2 à 4 séances et explore plusieurs axes :
- Langage verbal : compréhension, expression, articulation, vocabulaire, syntaxe
- Communication non verbale : gestes, mimiques, contact visuel, tours de rôle
- Capacités de jeu
- Compétences sociales
- Profil sensoriel (alimentation, hyposensibilités ou hypersensibilités, etc.)
La participation active des parents ou des aidants, qui connaissent les besoins et les points d’appui de l’enfant, est précieuse dès les premières rencontres.
Soutenir tous les moyens de communication
Une part importante des enfants avec TSA a un développement du langage atypique, voire une absence de parole. Selon l’étude de Prizant et Schuler (1987), entre 25 et 50 % des enfants TSA ne développent pas de langage fonctionnel (source). Mais le langage oral n’est pas la seule voie pour communiquer. L’orthophoniste s’appuie sur :
- Le langage oral (si l’enfant en a les prérequis, en complément d’autres outils)
- Le Makaton : une approche qui combine signes, paroles et pictogrammes
- Le PECS (Picture Exchange Communication System) : système d’échange de pictogrammes, souvent utilisé en TSA
- Activer les gestes naturels, utiliser des objets ou images pour soutenir la communication
- Guidage des interactions sociales : apprendre à initier une demande, exprimer un choix, présenter un objet, remercier, etc.
L’objectif ? Rendre l’enfant acteur de ses échanges, même sans mots, et lui permettre d’évoluer vers plus d’autonomie, dans sa vie quotidienne comme en collectivité.
Axes de travail concrets avec l’enfant
L’orthophoniste élabore un projet personnalisé, réévalué au fil des besoins, qui adapte le cadre, les supports, les objectifs et la fréquence des séances. Quelques domaines privilégiés :
- Composantes du langage : sons, articulations, vocabulaire, structures de phrases
- Pragmatisme et interaction (ex. apprendre à saluer, à attendre son tour, à reformuler une demande)
- Désignation et imitation : pour favoriser l’attention conjointe, étape cruciale pour de nombreux apprentissages sociaux
- Ajustements sensoriels et prise en compte de la motricité oro-faciale
- Préparation à l’entrée en école ou inclusion scolaire
Le travail orthophonique intègre souvent des séquences ludiques, des jeux, des chansons, et même la manipulation d’objets du quotidien pour favoriser l’engagement de l’enfant. Les progrès, même s’ils peuvent sembler lents, sont souvent mesurés en une succession de petites victoires : l’enfant qui salue, qui émet un son nouveau, qui montre ce qu’il veut sans crise – autant d’étapes importantes pour toute la famille.
L’alimentation et les particularités sensorielles : un champ parfois méconnu
Jusqu’à 70 % des enfants avec TSA présentent des troubles alimentaires associés (source Orphanet). L’orthophoniste intervient ainsi dans l’analyse des réticences alimentaires, des aversions sensorielles (textures, odeurs, températures), ou encore dans l’apprentissage du passage à la cuillère ou du masticage, en collaboration avec d’autres professionnels (ergothérapeutes, diététiciens).