Troubles du comportement alimentaire : des réalités différentes pour les hommes et les femmes en Haute-Garonne

06/04/2026

Comprendre les troubles du comportement alimentaire (TCA)

Les troubles du comportement alimentaire regroupent plusieurs pathologies, dont l’anorexie mentale, la boulimie, et l’hyperphagie boulimique. Parfois silencieux, ils s’invitent dans la vie des personnes, indépendamment de l’âge, du sexe ou du milieu social. Ces troubles ont en commun une préoccupation excessive autour de l’alimentation, du poids, de l’image corporelle, mais se manifestent différemment d’une personne à l’autre. Ils impactent la santé physique, psychique, la vie sociale, et familiale.

Longtemps considérés à tort comme un enjeu « quasi exclusivement féminin », les TCA concernent aussi les hommes. Mais leur vécu, leur reconnaissance et leur accompagnement restent souvent différents.

Des différences de genre qui perdurent dans les chiffres

Selon l’enquête nationale menée par l’Inserm et Santé publique France en 2022, la prévalence des TCA en France chez les 15-24 ans est d’environ 12 % pour l’ensemble des troubles, tous sexes confondus (Santé Publique France). Ces chiffres masquent cependant des écarts notables entre hommes et femmes, et peu de données sont localisées au niveau départemental.

Trouble Femmes (%) Hommes (%)
Anorexie mentale 0,9 - 1,5 0,2 - 0,3
Boulimie 1,5 - 2,5 0,3 - 0,5
Hyperphagie boulimique 2,5 - 3,5 1,0 - 1,5

En Haute-Garonne, il n’existe pas de baromètre public spécifique. Toutefois, les retours des équipes soignantes confirment la tendance nationale : environ 85 % des personnes suivies pour un TCA dans le département sont des femmes ou des jeunes filles (source : réseau TCA Occitanie, 2023). Les hommes, bien que moins nombreux dans les parcours de soin, sont loin d’être absents des consultations, en particulier pour l’hyperphagie boulimique et certaines formes de boulimie.

Pourquoi les différences de genre persistent-elles ?

  • Facteurs socio-culturels : Les stéréotypes liés au genre pèsent sur le rapport au corps. Les injonctions à la minceur, très fortes chez les femmes, sont depuis l’enfance amplifiées par les médias, l’école, la famille. Chez les hommes, d’autres pressions existent, notamment autour de la masse musculaire.
  • Stigmatisation : Les TCA restent perçus comme des troubles « féminins ». Les garçons et hommes qui en souffrent se sentent souvent illégitimes à consulter, par crainte d’être jugés ou incompris.
  • Expression des symptômes : Certains signes passent plus facilement inaperçus chez les hommes : sport excessif, consommation incontrôlée de protéines, comportements compensatoires (vomissements, usage de laxatifs), associés à des objectifs de « performance » plutôt qu’à la minceur.
  • Sous-diagnostic : De nombreux professionnels eux-mêmes n’attendent pas un TCA chez un garçon, ce qui retarde les dépistages et l’accès au soin.

Parcours de soin et accès à l’accompagnement en Haute-Garonne

L’offre spécialisée en Haute-Garonne est solide, mais principalement orientée vers un public féminin, en particulier chez les adolescentes. À Toulouse, le Centre Référent TCA du CHU accueille en majorité des jeunes filles. Pourtant, certains dispositifs s’ouvrent peu à peu :

  • La Plateforme TCA Occitanie, qui propose des consultations pour tous, sans distinction de sexe ni d’âge.
  • Les groupes de parole pour parents et proches vont souvent majoritairement à la rencontre de mères et de filles, mais encouragent de plus en plus la participation des pères, frères ou conjoints.
  • Des psychologues et diététiciennes libérales, certains médiateurs de santé formés à la spécificité des TCA masculins.

Reste que, même très motivés, peu d’hommes osent franchir la porte des structures. Selon l’Unafam 31, sur dix personnes qui appellent pour une demande liée à un TCA, huit sont des femmes, une est un parent ou conjoint, et une seule concerne directement un homme adulte.

Ancrage local : profils, enjeux, conséquences

En Haute-Garonne, les réalités des TCA se mélangent à celles du territoire. Selon le CRIAVS Occitanie, les jeunes hommes sportifs, notamment ceux engagés dans le rugby amateur ou la musculation, présentent souvent des comportements alimentaires à risque, nourris par la culture de la « performance ». Les professionnels de santé scolaire observent aussi des cas d’anorexie mentale masculine, longtemps masqués par la réussite sportive ou le retrait social.

Par ailleurs, le département attire de nombreux étudiants. L’université et les grandes écoles de Toulouse recrutent autant de jeunes femmes que d’hommes, mais les femmes consultent plus pour motifs alimentaires, tandis que les tentatives masculines de régulation du poids passent parfois par des conduites dopantes plutôt que des régimes ou jeûnes.

Le risque d’exclusion sociale, d’absentéisme scolaire ou de passage à l’acte suicidaire est plus élevé pour tous les patients souffrant de TCA, mais les conséquences diffèrent :

  • Chez les femmes : Isolement, anxiété, troubles dépressifs, difficultés relationnelles, retards scolaires chez les adolescentes. Nombreuses hospitalisations, mais aussi meilleure identification par l’entourage.
  • Chez les hommes : Plus de situations de dissimulation, passage par la toxicomanie ou les conduites addictives en parallèle. Moins d’accompagnement familial, plus de honte à verbaliser la souffrance, davantage de passage à l’acte violent (auto-agressivité, fugues).

Les familles face aux TCA : des besoins spécifiques selon le genre

Le vécu familial du trouble diffère selon qu’il concerne une jeune fille ou un garçon. L’inquiétude, la culpabilité, mais aussi le sentiment d’impuissance reviennent chez les proches, quels que soient l’âge ou le sexe de la personne atteinte.

  • Pour les familles de filles : Elles trouvent davantage de ressources, de groupes de soutien, de documentation. Elles se heurtent toutefois à l’extrême pression scolaire, sociale, ou au refus des soins par la personne concernée.
  • Pour les familles de garçons : Elles se sentent souvent isolées, peinent à trouver des interlocuteurs sensibilisés à la question des TCA masculins. Les professionnels des écoles et clubs sportifs repèrent rarement ces situations, ce qui retarde la mise en place de l’aide.

Paroles de patients et proches : visibiliser la diversité des situations

  • Un jeune homme suivi par la Plateforme TCA Occitanie : « J’ai cru longtemps que c’était moi le problème, que j’étais ‘bizarre’, que ça n’arrivait pas aux mecs… Personne n’a pensé à un TCA avant que je perde 20 kg. »
  • Une mère : « Ma fille a été prise en charge dès la première hospitalisation, il y avait une équipe autour de nous. Pour mon fils, il a fallu trois ans de crise avant qu’on mette un mot sur ce qu’il vivait. »
  • Un éducateur sportif à Toulouse : « On parle beaucoup de dopage, très peu des troubles alimentaires chez les jeunes. Pourtant, certains en souffrent en silence. »

Ressources en Haute-Garonne : où trouver de l’aide ?

Pour les habitants de Haute-Garonne, plusieurs dispositifs existent, même s’il n’en existe pas toujours spécifiquement pour les hommes :

  • Centre Référent TCA CHU de Toulouse : suivi spécialisé pour enfants, adolescents et jeunes adultes (CHU Toulouse).
  • Plateforme TCA Occitanie : accompagnement pluridisciplinaire pour tout âge et tout genre.
  • UNAFAM 31 : soutien, groupes d’entraide pour les familles (UNAFAM 31).
  • Dispositif « La Maison des Adolescents 31 » : écoute, orientation, ateliers santé pour adolescents.
  • Psychologues et diététiciens en libéral : de plus en plus formé·es à la prise en charge des TCA masculins et des spécificités du genre.

Avancer vers une prise en charge plus inclusive et adaptée

Prendre au sérieux les TCA chez toutes les personnes, filles et garçons, femmes et hommes, suppose plusieurs évolutions locales :

  • Former les professionnels à repérer les signes chez chacun, indépendamment du sexe.
  • Mieux communiquer sur la réalité des TCA masculins (actions de prévention, sensibilisation dans les clubs sportifs, milieux étudiants, etc.).
  • Renforcer le travail avec les familles, quel que soit le genre de la personne concernée.
  • Développer des outils éducatifs et des groupes de soutien non genrés ou spécifiques aux garçons/hommes.

Reconnaître les différences dans l’expression et le vécu des troubles chez les hommes et les femmes, c’est permettre à chacun d’être entendu, soigné, accompagné dans sa singularité.

Pour aller plus loin : sources et liens utiles

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