Comprendre l’hérédité des troubles bipolaires : éclairages pour les familles et les aidants

22/08/2025

Premiers repères : que désigne-t-on par trouble bipolaire ?

Avant d’aborder la question de la transmission familiale, il me paraît essentiel de rappeler ce que recouvre exactement le trouble bipolaire. Il ne s’agit pas simplement de sautes d’humeur : le trouble bipolaire, appelé aussi trouble maniaco-dépressif, fait partie des troubles psychiatriques de l’humeur, caractérisé par une alternance de phases d’exaltation (manie ou hypomanie) et de phases dépressives, séparées ou non par des périodes d’humeur stable.

Selon les études épidémiologiques menées en France (sources : INSERM, Haute Autorité de Santé), environ 1 à 2,5 % de la population adulte souffre d’un trouble bipolaire. Ces chiffres varient en fonction des critères diagnostiques utilisés. La maladie apparaît en général chez l’adolescent ou le jeune adulte, souvent entre 15 et 25 ans, et touche autant les hommes que les femmes.

Hérédité : qu’entend-t-on vraiment ?

On entend fréquemment : « Est-ce que ça se transmet ? », « Ma famille est-elle à risque ? » ou encore « Aurais-je pu faire quelque chose pour prévenir cette maladie chez mon enfant ? ». À travers ces interrogations, on voit combien la question de l’hérédité est centrale, à la fois pour anticiper, comprendre et parfois culpabiliser. Il faut donc distinguer deux notions : la transmission purement génétique, et ce que les scientifiques désignent comme la vulnérabilité familiale.

Que dit la recherche sur l’hérédité du trouble bipolaire ?

Aujourd’hui, il existe un consensus médical affirmant que le trouble bipolaire est partiellement d’origine génétique : il existe bien un terrain familial, c’est-à-dire un risque augmenté dans certaines familles. Cependant, ce risque reste une probabilité – et non un destin : avoir un parent atteint n’implique pas nécessairement que l’on développera la maladie soi-même.

  • Risque dans la population générale : Environ 1 à 2,5 %.
  • Risque chez les enfants d’un parent atteint : 5 à 10 % développent eux-mêmes le trouble (source : Fédération Française de Psychiatrie, INSERM).
  • Risque si les deux parents sont atteints : Le risque peut atteindre 40 % selon certaines études (source : Professeur Marion Leboyer, Fondation FondaMental).
  • Jumeaux : En cas de vrais jumeaux (même patrimoine génétique), si l’un est atteint, l’autre a entre 40 et 70 % de risque d’être également touché.

Pour mettre en perspective : il existe de nombreuses maladies génétiques ou multifactorielles pour lesquelles le poids de l’hérédité est comparable ; la génétique n’est ni la seule responsable, ni une garantie.

Quels gènes sont impliqués ? Où en est la recherche ?

Depuis les années 1990, plusieurs équipes de recherche internationales tentent d’identifier les « gènes de la bipolarité ». Malgré l’avancée du séquençage génétique, aucun gène unique ou mutation précise n’a pu être identifié comme responsable. En revanche, des centaines de variations génétiques (polymorphismes) semblent chacune jouer un rôle très limité, mais cumulatif.

Les gènes concernés seraient impliqués dans la régulation de la dopamine, de la sérotonine ou encore la plasticité neuronale. Aujourd’hui, le consensus scientifique considère que le trouble bipolaire est une pathologie à héritabilité élevée mais complexe, résultant d’un enchevêtrement de multiples « gènes de susceptibilité » et de facteurs environnementaux.

Autrement dit : plus il y a de cas dans la famille, plus il existe un terrain de vulnérabilité… Mais la rencontre avec certains événements de vie, l’environnement ou le contexte social va également compter.

Pour aller plus loin : Vous trouverez un état des lieux clair sur le site de la Fondation FondaMental.

Les autres facteurs de risque : l’environnement, un rôle décisif

Si la vulnérabilité familiale existe, elle n’explique pas tout. De nombreuses études mettent en lumière le poids de l’environnement, notamment :

  • Le vécu d’événements de vie difficiles (deuil, séparation, violences, insécurité…)
  • Le contexte social (isolement, précarité, accès aux soins…)
  • L’exposition à certaines consommations à l’adolescence (substances psychoactives, notamment cannabis ou alcool, dont le rôle de décompensation est bien documenté – source : INSERM, 2023)

Il s’agit là de facteurs déclenchants possibles, qui « activent » parfois un terrain génétique dormant, sans être la cause de la maladie à eux seuls.

Transmission familiale : implications pour les familles

Apprendre qu’un proche souffre d’un trouble bipolaire soulève aussitôt la question de la récurrence dans la famille : dois-je m’inquiéter pour mes enfants ? Faut-il surveiller certains signes ?

Le message central des professionnels est clair : la présence d’un trouble bipolaire chez un membre de la famille ne signifie pas que la maladie va forcément toucher d’autres membres, mais elle invite à la vigilance.

  • Repérer tôt les troubles de l’humeur chez les enfants ou adolescents, tout en restant bienveillant et sans stigmatiser
  • Prévenir l’exposition à certains facteurs de risque (addictions, stress chronique, isolement)
  • Favoriser un climat familial sécure, stable et ouvert à la discussion

La connaissance du terrain familial permet parfois un diagnostic plus rapide, une orientation plus précoce vers des soins adaptés et un accompagnement évitant de nombreux écueils.

Culpabilité parentale et questions éthiques

La question de l’hérédité génère, on le sait, une souffrance spécifique chez certains parents. Cette culpabilité est renforcée par les discours erronés du « c’est de leur faute » ou du « mal de famille ». Or la génétique, telle qu’elle est aujourd’hui comprise, ne laisse la place ni à la fatalité, ni à la déresponsabilisation.

  • Le parent n’est ni responsable de la transmission, ni tout-puissant sur le déclenchement du trouble.
  • Le dialogue en famille, l’information et l’accompagnement sont les outils les plus protecteurs.
  • L’annonce d’un risque ne doit jamais conduire à l’exclusion ou à la peur, mais à la solidarité et à l’accès aux ressources.

Quelques points-clés à retenir sur la transmission des troubles bipolaires

Lien de parenté Risque moyen de développer un trouble bipolaire Chiffres issus des grosses études
Population générale 1 à 2,5 % (Lopez Castilla et al, 2021, INSERM)
Enfant d’un parent atteint 5 à 10 % (French Bipolar Cohort, FondaMental)
Deux parents atteints Jusqu’à 40 % (FondaMental)
Vrais jumeaux 40 à 70 % (Revue Nature, 2016)

Dépistage, prévention et accompagnement : comment agir ?

Ce que l’on peut faire en famille

  • Informer sans dramatiser : échanger avec les enfants sur ce que recouvre la maladie, selon l’âge
  • Créer des espaces de parole réguliers (en famille, ou avec l’aide d’un professionnel).
  • Être attentif aux signes de mal-être durable ou de changements anormaux d’humeur (sans « psychologiser » ou surinterpréter toute émotion intense).
  • Adresser vers un professionnel (médecin traitant, pédopsychiatre) en cas de doute.

Des ressources utiles en Haute-Garonne (et ailleurs)

  • Fondation FondaMental (fondation-fondamental.org)
  • UNAFAM 31 (Association d’aide aux familles, groupes de parole, formations spécifiques)
  • Centres médico-psychologiques (CMP) adultes et enfants (cf. carte sur le site de l’ARS Occitanie pour l’adresse la plus proche)
  • Ligne Info Santé Mentale Occitanie (n° vert : 0 800 33 34 35)

Nombre de familles témoignent du soulagement qu’apporte le fait de comprendre le « pourquoi » de la maladie, d’anticiper certains risques, mais aussi de sortir de l’isolement en rencontrant d’autres aidants. S’informer, c’est transformer une inquiétude en vigilance, et parfois en force collective.

Au-delà des gènes : quels espoirs pour demain ?

Si la génétique a de mieux en mieux décrit la transmission du trouble bipolaire, de nouveaux axes de recherche émergent. On étudie aujourd’hui l’épigénétique (c’est-à-dire l’influence de l’environnement sur l’expression des gènes), ou encore les biomarqueurs, afin d’affiner la prévention et les soins personnalisés.

L’objectif n’est pas de « détecter » à tout prix, mais d’adapter l’accompagnement, l’accès à l’information et de réduire la stigmatisation qui touche encore trop souvent les familles concernées. Face aux troubles bipolaires, la solidarité reste le meilleur antidote au sentiment d’impuissance.

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