Dépression : Quelle part prend l’hérédité dans l’histoire familiale ?

16/10/2025

Les troubles dépressifs : de quoi parle-t-on ?

Dépression, épisode dépressif majeur, trouble dépressif récurrent… Les mots sont parfois interchangeables dans le langage courant. Pourtant, derrière ces termes se cachent différents visages d’une même réalité : une souffrance psychique durable, qui altère la vie quotidienne, le fonctionnement social, familial et professionnel.

  • La dépression touche 1 personne sur 5 au cours de sa vie, selon l’Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale, 2022), hommes et femmes confondus. Les femmes sont cependant deux fois plus touchées que les hommes (source Inserm).
  • Chez l’adolescent, les troubles dépressifs progressent depuis 10 ans (Santé Publique France, 2023).
  • La dépression est aujourd’hui l’une des principales causes d’incapacité dans le monde (OMS, 2021).

Une question traverse de nombreuses familles : cette maladie, si fréquente… est-elle un « virus » familial ? Peut-elle se transmettre ?

Génétique et hérédité : ce que l’on sait vraiment

Dépression et gènes : les apports des études scientifiques

Les recherches sur la dépression ont très tôt interrogé le rôle de l’hérédité. Le point de départ de la réflexion : l’observation de familles où la maladie semble se répéter, entre frères et sœurs, de parents à enfants, parfois sur plusieurs générations.

  • Les études de jumeaux permettent de distinguer l’impact des gènes et celui de l’environnement. Elles montrent que si l’un des deux jumeaux monozygotes (vrais jumeaux) est déprimé, le second a environ 40 à 50 % de risques de l’être aussi, contre 20 % chez des jumeaux dizygotes (ameli.fr).
  • Les études familiales montrent un risque augmenté : avoir un parent du premier degré (père, mère, frère ou sœur) dépressif multiplie par 2 à 3 le risque de présenter à son tour un épisode dépressif majeur au cours de la vie (source : Expertise collective Inserm, 2022).
  • Des études de séquençage génétique ont isolé plusieurs régions du génome susceptibles de jouer un rôle dans le risque dépressif, mais aucun « gène de la dépression » n’a été identifié de façon univoque. Le risque est polygénique et multifactoriel : il s’agit d’une constellation de gènes, chacun ayant un effet faible mais associé, qui augmente la vulnérabilité.

Comprendre l’héritabilité : des chiffres à décoder

L’héritabilité, ce terme un peu barbare, mesure la part attribuable aux facteurs génétiques dans l’apparition d’un trouble. Pour la dépression, elle se situe aux environs de 35 % (Fourcade et al., 2022). Cela veut dire qu’environ un tiers du risque est d’origine héréditaire, le reste dépend d’autres causes.

Comparons :

  • La schizophrénie présente une héritabilité estimée entre 70 et 80 %.
  • Le trouble bipolaire, entre 70 et 85 %.
  • La dépression, environ 35 %.
Ceci rappelle que la dépression repose sur une interaction complexe : des gènes, oui, mais aussi — et surtout — la vie, les événements, l’enfance, les liens, le contexte social…

Transmission ou vulnérabilité ? Dépister les facteurs de risque

Dans les familles marquées par la dépression, l’expérience s’invite parfois comme un fil rouge entre générations. Mais la prudence s’impose. Avoir un parent dépressif n’est pas une « condamnation » : 2 enfants sur 3 dans cette situation ne développeront pas de trouble dépressif majeur.

Ce qui peut augmenter le risque si un proche est dépressif :

  1. L’exposition à la maladie dans l’enfance : vivre avec un parent souffrant d’une dépression sévère, en particulier si elle s’accompagne de retrait, de conflits ou d’absence de soutien social.
  2. Des antécédents familiaux multiples : plus plusieurs membres sont concernés, plus la vulnérabilité cumulative augmente.
  3. L’interaction avec d’autres facteurs de risque :
    • événements de vie difficiles (deuil, séparation, harcèlement…)
    • maladies chroniques ou douleurs récurrentes
    • précarité sociale, isolement ou discrimination
    • notions de transmission invisible (modèles affectifs, fonctionnement familial…)

Dépression : la notion de « transmission invisible »

La vulnérabilité à la dépression ne se transmet pas seulement par les gènes. Dès les années 1950, les pédopsychiatres ont mis en avant le rôle de l’environnement familial : climat anxieux, communication autour des émotions, modèles de gestion du stress, interactions parents-enfants… Autant d’éléments qui forment ce qu’on appelle la « transmission invisible ».

Quelques exemples concrets :

  • Un parent qui exprime difficilement ses émotions transmet sans le vouloir une réserve émotionnelle à l’enfant.
  • Une famille où la parole sur la maladie est taboue entraîne l’enfant à ne pas demander d’aide ou à dissimuler ses troubles.
  • L’exposition à un stress parental chronique modifie la capacité de régulation du stress chez l’enfant (source : Revue française de psychiatrie et de psychologie médicale).

Ainsi, la question de l’hérédité s’entremêle toujours avec le vécu, l’histoire, et la façon d’y faire face ensemble.

Prévenir et accompagner : la marge de manœuvre des familles

Signes à surveiller, que faire ?

Connaître le terrain familial aide à agir plus tôt. Les signes à repérer sont :

  • Humeur triste persistante, perte ou prise de poids, troubles du sommeil
  • Désintérêt, irritabilité, difficultés de concentration
  • Repli sur soi, perte d’envie, diminution de l’estime de soi
  • Idées noires récurrentes, discours pessimiste

Face à ces signaux, réagir tôt, en dialoguant et en consultant (médecin traitant, pédopsychiatre, psychologue…), permet de limiter l’installation des troubles et leurs conséquences.

Des leviers qui protègent, même avec un terrain familial à risque

  • Un attachement solide à au moins un adulte stable, bienveillant
  • Un climat familial dans lequel la parole et les émotions sont accueillies, même maladroitement
  • L’accès à un cadre scolaire ou social soutenant
  • La possibilité de bénéficier d’aides extérieures (soutien psychologique, groupes de parole, accompagnement social)

Approches de prévention : ce qui fonctionne

  • Programmes pour les familles à risque, mis en place par certaines associations ou établissements de santé mentale
    • Ex. : ateliers « Parler de la maladie psychique en famille » (UNAFAM), groupes de psychoéducation ou ateliers FAMIDEP.
  • Prévention de la récidive : pour les personnes ayant déjà traversé un épisode dépressif, la prise en charge régulière (suivi, psychothérapie, médication si besoin) réduit le risque de rechute de 40 % (HAS, 2023).

L’espoir de la recherche et des ressources locales

Si 65 % du risque de dépression n’est pas lié à la génétique, c’est parce que la marge d’action est importante. La recherche progresse, notamment sur les liens entre biologie, parcours de vie et environnement. Le développement de la génomique devrait permettre, à terme, une meilleure prévention ciblée pour les familles : identifier non un « fatum génétique », mais une palette de risques modulables.

En Haute-Garonne, plusieurs structures sont à l’écoute des familles concernées :

  • L’UNAFAM 31 (Association nationale des familles et amis de personnes malades et/ou handicapées psychiques) : groupes d’entraide et accueil individuel
  • Les Centres Médico-Psychologiques (CMP), présents à Toulouse et dans tout le département
  • Plateforme d’accompagnement des aidants (Maison des Aidants 31)
  • Réseaux de psychologues et pédopsychiatres libéraux

Regarder au-delà de l’hérédité pour mieux soutenir

Face à la question « Les troubles dépressifs sont-ils héréditaires ? », la réponse n’est jamais binaire. Il existe une part de vulnérabilité familiale, mais rien n’est écrit d’avance. Les gènes pèsent, mais le contexte, l’accueil des émotions, l’entourage et le recours à des professionnels jouent un rôle aussi déterminant. Rien n’empêche d’agir tôt, de préparer le terrain pour un avenir plus ouvert et moins stigmatisant.

L’information, le dialogue et le soutien rompent l’isolement et peuvent réellement changer la donne. Pour aller plus loin, n’hésitez pas à explorer les ressources de votre territoire, et hors de toute fatalité, à cultiver ensemble la résilience familiale.

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