Dépression : démêler les origines d’un trouble complexe
La génétique joue un rôle certain dans la dépression. Le risque de développer un trouble dépressif double, voire triple, lorsqu’un parent du premier degré (père, mère, frère ou sœur...
Dépression, épisode dépressif majeur, trouble dépressif récurrent… Les mots sont parfois interchangeables dans le langage courant. Pourtant, derrière ces termes se cachent différents visages d’une même réalité : une souffrance psychique durable, qui altère la vie quotidienne, le fonctionnement social, familial et professionnel.
Une question traverse de nombreuses familles : cette maladie, si fréquente… est-elle un « virus » familial ? Peut-elle se transmettre ?
Les recherches sur la dépression ont très tôt interrogé le rôle de l’hérédité. Le point de départ de la réflexion : l’observation de familles où la maladie semble se répéter, entre frères et sœurs, de parents à enfants, parfois sur plusieurs générations.
L’héritabilité, ce terme un peu barbare, mesure la part attribuable aux facteurs génétiques dans l’apparition d’un trouble. Pour la dépression, elle se situe aux environs de 35 % (Fourcade et al., 2022). Cela veut dire qu’environ un tiers du risque est d’origine héréditaire, le reste dépend d’autres causes.
Comparons :
Dans les familles marquées par la dépression, l’expérience s’invite parfois comme un fil rouge entre générations. Mais la prudence s’impose. Avoir un parent dépressif n’est pas une « condamnation » : 2 enfants sur 3 dans cette situation ne développeront pas de trouble dépressif majeur.
La vulnérabilité à la dépression ne se transmet pas seulement par les gènes. Dès les années 1950, les pédopsychiatres ont mis en avant le rôle de l’environnement familial : climat anxieux, communication autour des émotions, modèles de gestion du stress, interactions parents-enfants… Autant d’éléments qui forment ce qu’on appelle la « transmission invisible ».
Quelques exemples concrets :
Ainsi, la question de l’hérédité s’entremêle toujours avec le vécu, l’histoire, et la façon d’y faire face ensemble.
Connaître le terrain familial aide à agir plus tôt. Les signes à repérer sont :
Face à ces signaux, réagir tôt, en dialoguant et en consultant (médecin traitant, pédopsychiatre, psychologue…), permet de limiter l’installation des troubles et leurs conséquences.
Si 65 % du risque de dépression n’est pas lié à la génétique, c’est parce que la marge d’action est importante. La recherche progresse, notamment sur les liens entre biologie, parcours de vie et environnement. Le développement de la génomique devrait permettre, à terme, une meilleure prévention ciblée pour les familles : identifier non un « fatum génétique », mais une palette de risques modulables.
En Haute-Garonne, plusieurs structures sont à l’écoute des familles concernées :
Face à la question « Les troubles dépressifs sont-ils héréditaires ? », la réponse n’est jamais binaire. Il existe une part de vulnérabilité familiale, mais rien n’est écrit d’avance. Les gènes pèsent, mais le contexte, l’accueil des émotions, l’entourage et le recours à des professionnels jouent un rôle aussi déterminant. Rien n’empêche d’agir tôt, de préparer le terrain pour un avenir plus ouvert et moins stigmatisant.
L’information, le dialogue et le soutien rompent l’isolement et peuvent réellement changer la donne. Pour aller plus loin, n’hésitez pas à explorer les ressources de votre territoire, et hors de toute fatalité, à cultiver ensemble la résilience familiale.